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Théâtre , "Les travailleurs de la mer" à DIJON

Au PARVIS SAINT-JEAN - du mardi 30 mars au vendredi 2 avril

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Paul Fructus, adaptateur et acteur incarnant tous les personnages, et Daniel Briquet, metteur en scène, s’emparent des Travailleurs de la mer (1866), écrit en exil à Guernesey par Victor Hugo. On y voit le marin solitaire Gilliat partir à la recherche du moteur intact d’un navire échoué, par amour d’une femme. L’océan est superbement décrit, au fil d’une quête solitaire et titanesque.

"C'est une lutte perdue d'avance avec la destinée, la lutte à mort mais furieusement vivante d'un "misérable" qui ne baisse pas les bras.

Gilliat le maudit est bien le double romanesque de Hugo le banni,qui, exilé par Napoléon III,écrit debout sur son rocher de Guernesey les Travailleurs de la mer, une lettre d’amour adressée à l’humanité, jetée comme une bouteille à la mer.
C’est elle que nous voulons déplier et faire résonner dans l’ambiance d’une auberge maritime et musicale.
"

Paul FRUCTUS

Nous ne présentons plus Victor Hugo qui, ici, écrit un roman d’exil ; exil politique à cause de son engagement au service de la démocratie républicaine contre le petit dictateur, Napoléon III.
Il suffit de relire « Souvenir de la nuit du 4 » Châtiments pour nous dire que l’histoire offre parfois de tristes répétitions…

Victor Hugo
"Souvenir de la nuit du 4" (écrit le 2 décembre 1852)

           


L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.
Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;
On voyait un rameau bénit sur un portrait.
Une vieille grand-mère était là qui pleurait.
Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ;
Ses bras pendants semblaient demander des appuis.
Il avait dans sa poche une toupie en buis.
On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.
Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies ?
Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,
Disant : - Comme il est blanc ! approchez donc la lampe.
Dieu ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe !
Et quand se fut fini, le prit sur ses genoux.
La nuit était lugubre ; on entendait des coups
De fusil dans la rue où l'on en tuait d'autres.
- Il faut ensevelir l'enfant, dirent les nôtres.
Et l'on prit un drap blanc dans l'armoire en noyer.
L'aïeule cependant l'approchait du foyer
Comme pour réchauffer ses membres déjà roides
Hélas ! ce que la mort touche de ses mains froides
Ne se réchauffe plus aux foyers d'ici-bas !
Elle pencha la tête et lui tira ses bas,
Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.
- Est-ce que ce n'est pas une chose qui navre !
Cria-t-elle ! monsieur, il n'avait que huit ans !
Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents.
Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,
C'est lui qui l'écrivait. Est-ce qu'on va se mettre
A tuer les enfants maintenant ? Ah mon Dieu !
On est donc des brigands ! Je vous demande un peu,
Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre !
Dire qu'ils m'ont tué ce pauvre petit être !
Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.
Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.
Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte ;
Cela n'aurait rien fait à Monsieur Bonaparte
De me tuer au lieu de tuer mon enfant ! -
Elle s'interrompit, les sanglots l'étouffant,
Puis elle dit, et tous pleuraient près de l'aïeule :
- Que vais-je devenir à présent toute seule ?
Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd'hui.
Hélas ! je n'avais plus de sa mère que lui.
Pourquoi l'a-t-on tué ? je veux qu'on me l'explique.
L'enfant n'a pas crié vive la République. -
Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas,
Tremblant devant ce deuil qu'on ne console pas.
Vous ne compreniez point, la politique.
Monsieur Napoléon, c'est son nom authentique,
Est pauvre et même prince ; il aime les palais ;
Il lui convient d'avoir des chevaux, des valets,
De l'argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
Ses chasses ; par la même occasion, il sauve
La famille, l'église et la société ;
Il veut avoir Saint-Cloud, plein de roses l'été,
Où viendront l'adorer les préfets et les maires ;
C'est pour cela qu'il faut que les vieilles grand'mères,
De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.
Les Châtiments, Livre II « L'ordre est rétabli », III, 1853.

           

Mais, dans Les Travailleurs de la Mer, Hugo ne se contente pas de dénoncer. Il y parle d’amour et de travail et ce, avec une minutie, une richesse de la langue et une connaissance du métier de marin qui lui sont coutumières. Par ces biais, il veut « forcer le lecteur à penser ».
C’est certainement ce qui a intéressé Paul fructus qui s’attelle tout seul à la mise en jeu de ce texte, en interprétant tous les personnages afin de mettre en lumière sa force métaphorique et toute son actualité.
Alors, parce que nos luttes ne sont pas perdues d’avance, reprenons à notre compte ce sentiment qu’avait Hugo et que partage Fructus que l’éducation et la culture qui nous permettent de penser sont les fondements de la république et de la démocratie. Allons voir ensemble Les Travailleurs de la Mer et discutons en ensemble et avec Paul Fructus à l’issue du spectacle.

plus d'infos sur le site du TDB

 

 

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