4 idées fausses sur la retraite
« Puisque nous vivons plus
longtemps, nous devons
travailler plus longtemps »
C’est avoir une bien singulière conception des progrès de
civilisation. L’histoire contemporaine montre que, abstraction
faite de la mortalité précoce, la durée de vie hors
travail n’a cessé de croître. Et la durée du travail de baisser.
Ainsi, le travail des enfants a reculé pour faire place à la
formation initiale et, les gains d’espérance de vie aidant,
le temps consacré à la retraite n’a cessé de s’allonger sans
pour autant remettre en cause la capacité de croissance.
L’activité sociale, bénéfique pour la société tout entière,
ne s’arrête pas lorsque cesse le travail salarié. Les retraités
ne sont pas des parasites qui vivent aux crochets des actifs.
Ils participent, eux aussi, au développement de l’activité
de l’ensemble de la collectivité et à la croissance.
Mais le gouvernement, avec la loi Fillon, a décidé arbitrairement
que dorénavant le rapport constaté en 2003 entre
la durée d’assurance et la durée moyenne des retraites devait
rester constant jusqu’en 2020. Et qu’en conséquence
tout gain d’espérance de vie devait se traduire par un allongement
de la durée de cotisation nécessaire pour obtenir
une retraite à taux plein.
« Le nombre de retraités
va augmenter, rendant
impossible le financement
des retraites »
Il est exact que le nombre de retraités augmente. Mais
faut-il le déplorer ? Bien sûr que non. Il convient même
au contraire de s’en réjouir.
En 1950, la France comptait 6,7 millions de personnes
de plus de 60 ans et 12 millions en 2000. Elles sont aujourd’hui
14,7 millions selon les derniers chiffres de
l’Insee. Cela nécessite-t-il de consacrer davantage d’argent
à la retraite ? Évidemment. En 1959, l’ensemble
des dépenses de retraite représentait 5,4 points de PIB
et 13,2 en 2007… Les gains de productivité ont permis
de doubler en trente ans la part de PIB consacrée à la retraite
sans mettre l’économie par terre.
Si nous sommes en période de crise, c’est parce que les
dividendes sont préférés à la protection sociale du fait de
la financiarisation à outrance de l’économie. Mais des solutions
existent pour financer durablement les retraites.
« Les taux de cotisation
sont trop élevés
et handicapent l’emploi »
Le patronat et les forces politiques qui le soutiennent
ont toujours eu une aversion profonde pour la protection
sociale. Dès son origine, ils ont considéré qu’elle
constituerait un handicap insurmontable pour l’économie.
L’histoire leur a pourtant donné tort. Loin d’être
un frein pour l’économie, une protection sociale de
haut niveau constitue un moteur pour la croissance.
D’ailleurs, dans la crise que nous traversons, tout le
monde s’accorde pour reconnaître que ce sont les pays
où la protection sociale est le plus développée qui ont le
mieux résisté.
Quant à comparer les taux de cotisations français et européens,
cela n’a pas grand sens. La France a ainsi fait
le choix d’un financement socialisé assis principalement
sur le travail quand nombre de nos voisins européens
ont, eux, privilégié l’impôt. La comparaison en
points de PIB apparaît donc plus juste. La part de PIB
consacrée à la retraite est, par exemple, sensiblement
la même en France (12,5 % en 2003) et en Allemagne
(12,4 % en 2004).
« Reporter l’âge légal
de départ en retraite n’est
pas un problème puisque
les salariés liquident leurs
droits à 61 ans passés »
L’âge légal de départ à la retraite étant de 60 ans, si l’âge
moyen de liquidation de la retraite est supérieur à 60 ans,
cela s’explique par la nécessité de compenser les années
de chômage, d’invalidité ou de RMI. Si on reportait l’âge
légal à 61 ans, on peut parier, sans risque de se tromper,
que l’âge moyen passerait au-dessus de 62 ans. Cela justifierait-
il pour autant de reporter l’âge légal à 62 ans ?
On voit bien là le caractère pervers d’une telle logique.
Et surtout son inefficacité : sachant que seulement un
salarié sur trois est en activité à l’âge de 60 ans, reporter
l’âge de la retraite signifierait pour deux salariés sur
trois, en situation de chômage ou d’invalidité, de longue
maladie ou encore au RMI, de les maintenir plus longtemps
dans cette situation d’insécurité, ce qui en outre
alourdirait les dépenses sociales sans recettes supplémentaires
pour les retraites